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JLR - Ainsi donc le peuple irlandais a refusé de donner son aval à la ratification du traité de Lisbonne. Un traité ayant repris l'essentiel des dispositions du défunt traité constitutionnel, dont le processus de ratification a échoué suite aux référendums défavorables en France et aux Pays-Bas. Que les électrices et électeurs irlandais aient lu le traité de Lisbonne avant de se prononcer, on peut en douter avec raison. Le texte est tout à fait indigeste. De toute façon il n'est pas destiné à être lu par les peuples européens - son objet étant justement de couler dans du béton la primauté de la libre circulation des capitaux, marchandises et services par rapport aux droits sociaux des salariés.
Comme vient de nous le rappeler le tout récent arrêt de la Cour européenne de Justice, qui oblige le Luxembourg à rendre sa législation sociale plus compatible avec la libre prestation de services par des entreprises originaires d'autres pays membres de l'Union européenne. Il est vrai que pas tous les électrices et électeurs irlandais n'ont eu à l'esprit de telles considérations en se prononçant contre le traité de Lisbonne. Le NON a pu s'imposer en Irlande, comme ailleurs, grâce à une convergence - ponctuelle et contre-nature - entre motivations de gauche et de droite. Ont voté NON aussi bien ceux qui - à raison - redoutent le démantèlement de l'Etat-providence national que ceux qui craignent la légalisation de l'avortement ; aussi bien ceux qui se prononcent pour une harmonisation européenne en matière fiscale que ceux qui s'y opposent. N'empêche que par leur vote négatif, les Irlandaises et Irlandais se sont attirés les foudres des partisans de l'Europe libérale. On ne pourrait pas permettre à 4 millions d'Irlandais d'arrêter les autres 450 millions de citoyens européens dans leur marche vers des lendemains qui chantent. Que n'a-t-on pas entendu de propos démagogiques au lendemain du référendum irlandais ! Les dirigeants de l'Union européenne seraient bien conseillés - passés les premiers moments de déception - de faire des réflexions plus sereines. Rectifier les politiques qui nourrissent le NON de gauche : c'est l'unique voie pour poursuivre avec succès la construction européenne. Le futur de l'Union européenne ne peut se concevoir sans une adhésion populaire majoritaire ! |